« Du doute à la joie de l’Espérance »; quand le Covid touche l’Inde … et Soeur Lourdes-Mary

Il est minuit à Fort-de-France, en Martinique, dans les Petites Antilles, dans la Caraïbe, à l’ouest de tout ce que nous connaissons.

Les nouvelles de Pondichéry et de Karikal sont dramatiques, la situation sanitaire en Inde est dans certaines régions hors de contrôle et les décès se comptent par milliers. Les hôpitaux sont … Ce n’est pas un JT quotidien, c’est la réalité crue et universelle. Tant de moyens sont mis en oeuvre pour que le moins de personnes ne meurent dans l’oubli, dans les rues ou les parkings. Les ONG sont à pied d’oeuvre, les demandes de dons explosent sur les réseaux sociaux. La réalité est celle qui porte ou devrait porter l’effroi à qui veut encore mettre la dignité de la mort même au centre de sa vie : si le monde change ou si la perception du monde change dans cette crise sanitaire que nous vivons dans nos pays, nos régions, nos communes, nos rues, notre quotidien; il n’y a pas d’autres réalités à regarder en face : des gens, des amis, des parents, des frères, des soeurs, … meurent par le Covid. Dans les pays dépourvus de moyen de santé aussi efficaces, la pandémie devient très vite hors-contrôle. La bien-pensance serait que tous nos efforts soient vers la solidarité mais ne sommes-nous pas tous plutôt tournés vers les lois dites « restrictives, liberticides » qui empêchent les péchés du luxe ? Je ne sais mais je pense celles et ceux qui n’ont pas d’oxygène, n’ont pas nos soins de santé. J’ai peut-être tort, j’avoue mon affect et je l’assume, il y a de la tristesse.

En Inde, les hôpitaux ne peuvent accueillir celles et ceux qui meurent. L’oxygène manque, les infrastructures manquent, la population est confinée et est loin de savoir si un jour ils iront au resto, au café ou si un jour ils iront voir un spectacle. Dans toutes les crises sanitaires précédentes, dans toutes les famines précédentes; nous avions encore l’éveil de la solidarité. Aujourd’hui, nous sommes nous-mêmes enfermés dans nos propres préoccupations, que ferons-nous du monde qui nous entoure; nous qui rêvions de parcourir les contrées lointaines si nous ne les aidons pas ?

Tout n’est pas « Taj Mahal ! » Tout n’est pas  » Angkor Vat ! » Tout n’est pas que tourisme ! Derrière la (les) merveille; des centaines de millions de personnes souhaiteraient jouir de notre richesse, d’ouvrir un robinet d’eau potable pour se laver les mains et par après, respecter sa propre distanciation sociale. Comme le Taj nous parle, quand on revient sur les histoires passées, nous ne pensions pas un jour se priver de cela.

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Il est minuit à Fort-de-France, en Martinique, dans les Petites Antilles, dans la Caraïbe, à l’ouest de tout ce que nous connaissons.

Nous avons 150 enfants à soutenir financièrement chaque année pour ramener 10000 € pour assurer leur scolarité ! Tous les centres sont fermés depuis février 2020 ! On en compte plus les décès dans les familles depuis l’arrivée de la 2° vague du variant indien.

L’Inde que nous découvrons dans cette crise sanitaire n’est subitement pas si différente des années ’70; si elle était si différente, pourquoi une ASBL Les Enfants de Pondy ? Alors que nous sortons doucement de notre troisième confinement, normalement je devrais être au lit dans les plus beaux pays des rêves, attendant que la lumière magique du réveil annonçant le nouveau jour. Et pourtant, loin de vouloir rejoindre Morphée, je préfère vous écrire ces quelques mots qui deviendront des phrases, qui deviendront à nouveau un texte, celui qui mène du  » Doute à la clarté, à la joie de l’Espérance », une espèce de mixte entre trois lettres de Taizé d’il y a plus de vingt ans. Je suis cette nuit au téléphone avec le Kérala, Pondy et Karikal.

« Aime et dis-le par ta vie ! Dans les années qui viennent, si nous pouvions chercher à réaliser de multiples réconciliations dans les situations les plus diverses … elles prépareront à entrer dans le 3° millénaire, disposés ainsi à vivre une aventure de réconciliation la plus audacieuse possible  »

(Extrait de la Lettre annuelle de Taizé en décembre 1997, Stuttgart)

Il est une heure du matin à Fort-de France. Et je pense comme je prie, je prie comme je doute, je doute comme toujours j’espère.

 » Dans ces moments d’abandon, osons croire que la voix de la tendresse, de l’ Amour et de la compassion touche à se faire entendre dans le silence du désert, de sorte que jamais nous ne devenons les Enfants du doute et de l’incroyance mais les enfants de la communion. « 

Il est passé une heure du matin à Fort-de France, emprisonné dans mon bureau, je fume ma clope, je ressors sur mon balcon et je t’écris.

La répétition dialectique de mes lettes n’est qu’un effet de style,

pareil à mes lettres du balcon, la dernière pour mon Papa, la suivante pour ma Maman ? Mes Mamans ?

… Tant pis pour le style, le message doit être partagé.

Il est trop tard à Fort-de France. Le Cancer et le Covid frappent à ma porte !

Depuis deux mois, ça ne va pas ! Non pas que notre Association n’aille pas dans ces mois difficiles mais nous, Cha et moi les Chafab and Co à Fort-de-France; ça na va pas, comme ça tout d’un coup. La disparition d’Etienne a causé un vide immense, une déchirure sans nous en rendre compte. Il était invincible, il est une lumière pour nous tous.

C’est une nuit qui enveloppe, détruit, déchire, casse et se fracasse sur les ravines et les mornes de la Martinique. Et pourtant, la nuit rassure, murmure, enlace et embrasse. Derrière le vide et la solitude subsiste une prière, une flamme sacrée, une présence comme un feu qui réchauffe les prières et qui nous fait dire que l’amour existe. Meagan, une si jolie fille, à peine trente ans est partie aussi. Je n’ai eu que quelques mots sur les réseaux à partager sans pouvoir dire à quel point c’est un déchirement si grand que de voir un de ses élèves partir …

Et puis savoir que les Soeurs de Cluny à Pondy et Karikal sont touchées, et que Soeur Lourdes-Marie soit touchée aussi.

C’est une douleur infinie pour nous d’annoncer cette tristesse mais c’est aussi à nous de pouvoir porter au-delà de tout : l’espérance : un miracle aussi est venu mettre un peu de baume sur le visage :

Il est presque deux heures du matin à Fort-de France. L’Espérance frappe à notre coeur !

Soeur Lourdes-Marie s’en est sortie après trois semaines de combat sur la vie, sur la mort, sur son envie de dire que l’heure n’est pas venue ! Elle est arrivée après trois semaines sous oxygène à Karikal, de retour dans sa communauté à Pudduthurai pour se battre au quotidien, soigner les autres et continuer à croire à l’ Espérance, à (re)vivre et même nous téléphoner en Martinique. La vie peut aussi vaincre la mort. Mais en même temps, d’autres et trop de Soeurs de Cluny sont décédées sur la route, dans leur communauté, … encore trois cette semaine. Mais,

Il est deux heures du matin à Fort-de France. Que savons-nous de l’Amour d’une Maman ?

Soeur Lourdes-Marie; c’est encore autre chose que tous les autres trésors de l’existence !  » Où est-elle la Source d’espérance et de joie ?

Elle est en (Dieu), en notre Maman qui nous cherche inlassablement et trouve en nous la beauté profonde de notre âme, de l’âme humaine « .

(Extrait de la Lettre de Taizé, Etonnement d’une joie (2000) »

Pour toutes celles et ceux qui sont venus en Inde par nous, se souviennent toujours de Soeur Lourdes.

Moi, c’est le socle de toute une vie; comme si de sa propre Maman, adoptive comme il faut l’expliquer ici dans les Antilles; il fallait ajouter Soeur Lourdes comme sa deuxième Maman. Je l’ai fait adolescent, et je (nous) l’aime comme ma Maman parce qu’elle fut une pierre édificatrice de ma vie, un socle de plus, une pierre angulaire d’amour.

Grâce à mes parents en 1991, je l’ai rencontré pour la première fois dans la pouponnière de Cluny, relisant le registre de ma naissance, elle était là. Toute la Communauté me racontait qu’elle me tenait (parfois, pardon toujours ) dans ses bras, ( info confirmé par toutes les nurses de l’époque, je me suis étonné tant je fus toujours un bébé facile) Je suis toujours revenu pour elle, Maya porte son nom, les enfants reviennent pour elle. Deux Mamans n’est jamais suffisant, Charlotte est le trésor qu’elle a déposé entre (mes) désormais nos mains : trois mamans, c’est parfois difficile à porter pour un seul père ! Trois femmes, trois trésors, trois Mamans. C’est le cadeau de Soeur Lourdes, c’est la famille.

Elle s’en est sortie et durant toute cette nuit, je l’accompagne sur le retour vers Pudduthurai, à la maison en fait. Cela valait bien un nuit blanche.

Je vous raconte tout cela non pas pour tout ramener à moi mais pour vous partager à quel point la Vie est fragile.

Il est cinq heures du matin à Fort-de France. Elle vient d’arriver, j’ai les Soeurs au téléphone. Que savons-nous de l’Avenir ?

 » Si nous pouvions savoir qu’une vie heureuse est possible, même aux heures d’obscurités … Ce qui rend heureuse une existence, c’est d’avancer vers la simplicité : la simplicité de notre coeur, et celle qui rend notre vie.

Pour qu’une vie soit belle, il n’est pas indispensable d’avoir des (capacités) – conforts extraordinaires ou des grandes facilités : il y a un bonheur dans l’humble don de sa personne. Quand la simplicité est intimement associée à la bonté du coeur, un être humain même tout démuni peut créer un terrain d’espérance autour de lui « 

(Extrait de la Lettre de Taizé, « Pressens-tu un bonheur ?  » 2001 )

Je ne pourrais vous le (re)dire de manière malhabile, il est difficile de dire à l’Autre à quel point on l’aime; il est parfois difficile de dire à celles et ceux que l’on ne voit plus à quel point ils sont présence … mais si vous avez l’occasion de toujours leur redire par un chuchotement dans l’oreille, par une parole douce que vous l’aimez, le Covid ne passera pas.

Protégez-vous, soyez prudents, nous vous embrassons de la nuit très fort,

que Votre vie soit belle, toujours,

Fabien Prakash

NB/ Je corrigerai le texte demain, … !

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